
Cette estampe, représentant le repli des soldats allemands devant l'avancée des Russes, est extraite de la collection d'affiches de style loubok de la Première Guerre mondiale, conservée à la British Library. La légende indique : « Nos troupes prirent Bakałarzewo et s'emparèrent de grandes quantités d'armes, d'équipements et de munitions. Certaines armes furent saisies en position oblique. Sur la rive gauche de la Vistule, les Allemands continuent de se précipiter vers la frontière. Depuis le 21 octobre, la situation sur le front prussien oriental connaît un net renversement. L'ennemi, qui avait pris la défensive le long de l'ensemble de la ligne de front, a commencé à se replier dans de nombreuses zones. Cette retraite est particulièrement évidente sur la rive droite, où l'ennemi est repoussé jusqu'à Byala et Lykа ». Le loubok, mot d'origine russe, est une estampe populaire créée à partir de gravures sur bois ou à l'eau-forte, ou plus tard à l'aide du procédé lithographique. Les estampes, qui pouvaient s'accompagner d'un texte, étaient souvent caractérisées par des images simples, colorées et narratives. Les loubki devinrent populaires en Russie à partir de la fin du XVIIe siècle. Les estampes, venant souvent illustrer le récit d'un événement historique, d'un conte littéraire ou religieux, permettaient de diffuser ces histoires auprès de la population analphabète. Le ton de ces images expressives était très varié, allant de l'humour à l'enseignement, en passant par le commentaire social et politique sévère. Clairs et faciles à comprendre, certains dessins étaient produits en série, ouvrant la voie à la bande dessinée moderne. Leur reproduction, peu coûteuse, fit entrer l'art dans les foyers des masses. Initialement, les classes supérieures n'accordèrent aucun crédit à ce style artistique, mais à la fin du XIXe siècle, la notoriété du loubok était telle que les artistes professionnels s'en inspirèrent. Pendant la Première Guerre mondiale, les loubki informaient les Russes des événements sur le front, remontaient le moral et servaient de propagande contre les combattants ennemis.